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💎 Espace Diamant · Réflexion territoire

L'Espace Diamant à l'heure des choix : gouvernance, climat et stations 4 saisons

📅 Juillet 2026  ·  ✍️ Jean-Pierre CLÉMENT  ·  ⏱ 8 min de lecture

Six villages, 192 km de pistes, un seul forfait — mais trois modèles de gestion différents. Derrière la carte des pistes de l'Espace Diamant se joue une question de fond que peu de visiteurs soupçonnent : qui exploite les remontées mécaniques, jusqu'à quand, et avec quel projet pour la montagne de demain ? Réflexion sans polémique sur un domaine qui prépare son avenir 4 saisons.

1. Un domaine, six villages, trois modèles de gestion

L'Espace Diamant relie Les Saisies, Hauteluce, Crest-Voland/Cohennoz, Notre-Dame-de-Bellecombe, Flumet et Praz-sur-Arly, entre Savoie et Haute-Savoie. Ce que l'on sait moins, c'est que ce domaine unifié pour le skieur est en réalité exploité par trois opérateurs distincts, selon trois logiques différentes.

Les Saisies : l'exploitation publique historique

Le domaine des Saisies n'a jamais été confié à un opérateur privé. Géré d'abord par le SIVOM des Saisies (créé en 1963 par les communes de Hauteluce, Villard-sur-Doron et Crest-Voland), puis par une Régie des remontées mécaniques à partir de 1998, il est exploité depuis 2019 par la SPL Domaines Skiables des Saisies, société publique locale détenue par les collectivités, titulaire d'une convention de DSP de 30 ans notifiée en novembre 2019 par la commune d'Hauteluce — le modèle public y est donc verrouillé pour longtemps. Ses derniers chiffres d'affaires publiés : 24,9 millions d'euros sur l'exercice 2024-2025 (clos au 30 septembre 2025, comptes déposés en février 2026), après 25,2 M€ en 2023-2024 et 21,8 M€ en 2022-2023.

Crest-Voland/Cohennoz : la reprise en main publique

Pendant des années, le domaine de Crest-Voland/Cohennoz a été exploité par le groupe Labellemontagne dans le cadre d'une délégation de service public (DSP). À l'échéance de ce contrat, les communes ont fait un choix rare pour une station de cette taille : reprendre l'exploitation en direct via une SPL créée en 2021, jugeant les offres reçues pour une nouvelle DSP insuffisantes. Résultat : 6 millions d'euros de chiffre d'affaires sur l'hiver 2024-2025, et un investissement majeur de 10,3 millions d'euros dans la télécabine de La Logère, ouverte en décembre 2025 — utilisable été comme hiver.

Le Val d'Arly : le délégataire privé

Notre-Dame-de-Bellecombe, Flumet et Praz-sur-Arly sont exploitées par Val d'Arly Labellemontagne, filiale du groupe Labellemontagne, dans le cadre de délégations de service public signées en 2006. Ces contrats, comme toute DSP, ont une durée déterminée : leur échéance approche mécaniquement, et la question de leur renouvellement — ou d'un autre modèle — se posera aux communes dans les années qui viennent, comme elle s'est posée à Crest-Voland. À ce jour, aucune date de remise en concurrence n'a fait l'objet d'une annonce officielle publique.

24,9 M€
CA de la SPL des Saisies (exercice 2024-2025)
6 M€
CA de la SPL Crest-Voland/Cohennoz (hiver 2024-2025)
10,3 M€
Investissement télécabine de La Logère (2025)

2. Les Saisies, poumon économique du domaine

Les chiffres publiés parlent d'eux-mêmes : avec un chiffre d'affaires quatre fois supérieur à celui de Crest-Voland, Les Saisies sont le moteur économique de l'Espace Diamant. Cette locomotive repose sur un atout que la géographie a offert et que le réchauffement n'a pas encore entamé : la neige.

Perchée à 1 650 m d'altitude sur un col reliant le Beaufortain au Val d'Arly, la station bénéficie d'un phénomène bien documenté : les masses d'air humide venues de l'Atlantique et du Mont-Blanc butent sur ce plateau d'altitude et y déchargent des quantités de neige remarquables. Les relevés de Météo France donnent la mesure de ce microclimat : l'enneigement des Saisies à 1 650 m est comparable à celui de la Vanoise à 2 200 m. Ce n'est pas un slogan de brochure — c'est ce qui vaut à la station son surnom historique de « grenier à neige de la Savoie », et ce qui explique le choix de ce site pour les épreuves de ski de fond et de biathlon des Jeux Olympiques d'Albertville en 1992.

⚠️ Une force qui est aussi une dépendance

Comme la quasi-totalité des stations françaises, l'économie des Saisies reste très majoritairement portée par la saison d'hiver. La Cour des comptes, dans son rapport de février 2024 sur les stations de montagne face au changement climatique, rappelle que le modèle économique du ski alpin français dépend à plus de 80 % des recettes hivernales — et invite l'ensemble des territoires de montagne à préparer la transition, y compris ceux qui sont aujourd'hui bien enneigés.

3. Climat et clientèle : les deux mutations de fond

Deux lames de fond redessinent l'économie de la montagne, indépendamment de toute question de gouvernance locale.

Le climat d'abord

Les travaux de Météo-France et de l'INRAE (projections ClimSnow, utilisées par la plupart des exploitants français) convergent : la limite pluie-neige remonte, la durée d'enneigement naturel se réduit en moyenne montagne, et les stations situées sous 1 500 m sont les plus exposées à l'horizon 2050. L'Espace Diamant est précisément à cheval sur cette ligne : les fronts de neige s'étagent de 1 000 m (Praz-sur-Arly, Flumet) à 1 650 m (Les Saisies). C'est une réalité physique, pas une opinion — et elle explique pourquoi les choix d'investissement des prochaines années (neige de culture, remontées structurantes, activités hors ski) engagent chaque village différemment selon son altitude.

La clientèle ensuite

Les observatoires du tourisme de montagne notent depuis plusieurs années les mêmes évolutions : séjours plus courts et réservés plus tard, montée de la clientèle « contemplative » qui vient en montagne sans forcément skier tous les jours, et surtout croissance continue de la fréquentation estivale — randonnée, VTT à assistance électrique, trail, bien-être. Les stations l'ont compris : luge sur rail, itinéraires VTT, tyroliennes, valorisation du patrimoine naturel (aux Saisies, la réserve naturelle régionale de la tourbière est un bel exemple d'atout été). La télécabine de La Logère à Crest-Voland, conçue pour fonctionner aussi l'été, illustre ce basculement : on n'investit plus 10 millions d'euros pour quatre mois d'hiver seulement.

La question n'est plus « faut-il diversifier ? » mais « à quel rythme, avec quels investissements, et sous quelle gouvernance ? »

4. L'échéance des délégations : un jalon, pas un drame

C'est ici que les trois sujets se rejoignent. Une délégation de service public qui arrive à son terme n'est ni une crise ni une anomalie : c'est un rendez-vous démocratique normal, prévu par le contrat depuis sa signature. Les communes délégantes retrouvent à cette occasion leur pleine liberté de choix : reconduire un délégataire privé après mise en concurrence, changer d'opérateur, ou reprendre l'exploitation en direct comme l'ont fait Crest-Voland et Cohennoz en 2021.

Ce qui rend le rendez-vous des DSP du Val d'Arly particulièrement structurant, c'est son contexte : il interviendra au moment précis où chaque station devra arbitrer ses investissements 4 saisons face au climat. Le futur exploitant — public ou privé — ne s'engagera pas seulement sur des remontées mécaniques, mais sur un projet de territoire : quelle place pour l'été, quel niveau de neige de culture, quelle complémentarité avec le voisin des Saisies dont la solidité économique bénéficie à tout le domaine relié.

SecteurExploitant actuelModèle
Les Saisies / HauteluceSPL Domaines Skiables des SaisiesPublic (depuis toujours : SIVOM → Régie → SPL 2019)
Crest-Voland / CohennozSPL Domaine Skiable Crest-Voland/CohennozPublic (SPL créée en 2021, après DSP privée)
Notre-Dame-de-Bellecombe · Flumet · Praz-sur-ArlyVal d'Arly LabellemontagneDSP privée (contrats signés en 2006)

Faut-il préférer un modèle à l'autre ? Les deux ont leurs mérites. Le délégataire privé apporte capacité d'investissement, mutualisation entre stations et savoir-faire industriel — le groupe Labellemontagne a investi significativement dans le Val d'Arly depuis 2006. L'exploitation publique offre aux communes la maîtrise directe des choix stratégiques et le réinvestissement local de l'excédent. L'expérience montre surtout que c'est la qualité du projet, plus que le statut de l'exploitant, qui fait la différence.

Mon regard de conseiller local

Je travaille sur ce territoire depuis 2015, et voici ce que je retiens pour celles et ceux qui envisagent d'acheter ou de vendre dans le Val d'Arly ou aux abords de l'Espace Diamant.

Premièrement, le domaine investit. Une télécabine neuve à 10,3 M€ à Crest-Voland, un exploitant public des Saisies solide à près de 25 M€ de chiffre d'affaires : ce ne sont pas les signaux d'un territoire qui doute, mais d'un territoire qui se prépare.

Deuxièmement, l'altitude et l'enneigement des Saisies protègent tout le domaine relié. Un bien à Crest-Voland ou à Notre-Dame-de-Bellecombe donne accès, skis aux pieds, à un secteur d'altitude dont l'enneigement équivaut à de la haute montagne. Peu de stations-villages peuvent en dire autant à ces niveaux de prix.

Troisièmement, le 4 saisons n'est plus une option marketing, c'est le critère de valorisation de demain. Les biens qui vivront bien les vingt prochaines années sont ceux qui se louent et se vivent aussi de juin à septembre. C'est déjà ce que je constate dans les demandes des acquéreurs.

Enfin, sur les échéances de délégations : suivons les annonces officielles des communes, et méfions-nous des rumeurs de calendrier. Quand une décision sera prise, elle sera publique — et j'en rendrai compte ici, factuellement.

Un projet immobilier dans le Val d'Arly ou l'Espace Diamant ?

Résidence principale, secondaire, investissement — je connais ce territoire de l'intérieur. Parlons-en, sans engagement.

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Sources

Les données chiffrées sont issues de sources publiques, citées à titre indicatif. Article de réflexion territoriale — ne constitue ni une prise de position sur les choix des collectivités concernées, ni un conseil en investissement.